Thursday, July 14, 2005

LA SEXUALITE DES HOMMES TUNISIENS

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LA SEXUALITE DES HOMMES TUNISIENS
HAFFANI MOHAMED FAKKREDDINE, TROUDI HICHEM
(Service de psychiatrie ‘’E’’, Hôpital Razi, 2010, La Manouba)
Résumé :
La sexualité occupe une place très importante dans la vie de l’être humain. En Tunisie, le comportement sexuel masculin est un continent non encore exploré. Dans ce travail, nous avons essayé de rapporter les connaissances et les attitudes des hommes en matière de sexualité, de tracer un profil des comportements sexuels des hommes en Tunisie et d’analyser les facteurs qui le déterminent.
Il ressort de notre étude que le poids des traditions reste lourd avec 83,7 % des hommes qui pensent qu’une femme doit préserver sa virginité jusqu’au mariage et 77,3 % qui pensent que l’homosexualité est la pratique sexuelle la plus mal acceptée par la société. 85,6 % des hommes se sont masturbés et un homme sur trois reconnaît avoir eu une relation homosexuelle et avoir pratiqué les rapports anaux avec leur partenaire. L’âge du premier rapport était de 28,1 an et la durée moyenne du coït était de 1min et 13 sec.
En conclusion nous dirons qu’il existe en Tunisie deux sexualités à deux vitesses : La première, accablée par les tabous et les traditions, se retrouve surtout chez les hommes mariés, âgés, d’origine rurale, alors que la deuxième, un peu plus libérée, se retrouve surtout chez les jeunes, célibataires, résidant dans le milieu urbain.
Mots – clés : Sexualité - Hommes - Tunisie - Société – Psychologie – Tabou

THE SEXUALITY OF TUNISIAN MEN
HAFFANI MOHAMED FAKHREDDINE, TROUDI HICHEM
( Psychiatric department " E ", Razi hospital, 2010, Manouba)
Summary :
Sexuality is very important in the life of people. In Tunisia, male sexual behavior is a not still investigated continent. We tried to report knowledge and attitudes of the people in sexuality, to draw a profile of the sexual behavior of men in Tunisia and to analyze the factors which determin it.
In our study, we’ve conclued that traditions have a big influence. In fact, 83,7 % of the men think that a woman must conserv her virginity until marriage and 77,3 % think that homosexuality is the most non-accepted sexual practice by the society. 85,6 % of men have practised masturbation and 1/3 recognizes to have had a homosexual relation and to have practised sodomy with their partners. Age of the first sexual intercourse was 28,1 years and the average duration of one sexual report was 1min and 13 sec.
In conclusion, we shall say that there are in Tunisia two kinds of sexuality with two speeds : The first one, swamped by taboos and traditions, concerns old or married or men of rural zone. In the other side, the second, a little more free, concerns young or bachelor's or men living in the urban environment.
key – Words : Sexuality - man - Tunisia - Society – Psychology – Taboo

I. Introduction
Tout comportement est le résultat d’une combinaison de facteurs variables de l’environnent et de l’individu, qui englobent les dimensions bio-psychologiques et les situation socioculturelles. Il en est de même du comportement sexuel, éminemment neurophysiologique, émotionnel et éducatif.
La sexualité est donc une dimension constitutive de chaque personne et non pas seulement une fonction corporelle. Les sentiments, les attentes, les espoirs, les croyances et les valeurs font que la vie sexuelle de chaque personne lui ressemble. Elle est en plus liée à toutes les questions humaines essentielles tels que les origines de l’être, sa finitude, et son devenir, le plaisir, la souffrance et les liens humains.
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En Tunisie, à l’instar de tous les pays arabo-musulmans, un voile tantôt discret, tantôt violent a enveloppé l’être et l’agir sexuel, le frappant du sceau de l’ignorance, de la honte et de la culpabilité.
En effet, en Tunisie, seules de petites enquêtes faites surtout auprès des adolescents ont été réalisées, comme celle de l’association tunisienne de planning familial en 1994 auprès de 514 lycéens âgés de 15 ans ou plus, et celle du Dr Ayadi et son équipe en 2001 portant sur 100 lycéens âgés de 12 à 19 ans.
Notre travail présente les résultats d’une enquête sur le comportement sexuel masculin en Tunisie, à l’instar des enquêtes européennes et américaines.

II. Méthodologie de l’enquête
L’enquête s’est déroulée durant la période s’étendant du 1er février 2002 au 31 janvier 2003. L’échantillon représentatif, constitué selon la méthode des quotas, est composé de 300 hommes, âgés de 20 à 69 ans, vivant dans le Grand Tunis (gouvernorats de Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba). Les données statistiques utilisées sont celles publiées par l’institut national de statistique et par l’office national de la famille et de la population.
Les variables que nous avons retenues sont l’âge, le lieu de résidence, le statut matrimonial
et le niveau d’instruction. Ces quatre variables semblaient avoir le plus d’influence sur le
comportement sexuel.
Le questionnaire est composé de cinquante quatre items, reparties en cinq parties :
Identification, Connaissances, Attitudes, Pratiques et vécu, trouble sexuel.
Aucun questionnaire n’a été rempli par auto-passation, tous ont été remplis par un entretien face à face. Chaque entretien durait en moyenne entre 20 et 30 minutes.
III. RESULTATS
Seuls les résultats statistiquement significatifs seront exposés.
A. Profil socio-démographique
L’âge moyen de notre population est de 38,26 ans. L’âge moyen de la puberté est de 14,43 ans. 72,3 % de notre population est d’origine urbaine et 27,7 % est d’origine rurale. Le nombre moyen d’enfants est de 3,5 enfants. 19,3 % de notre population est analphabète, 42 % est de niveau primaire, 30,4 % est de niveau secondaire et 8,3 % est de
niveau supérieur.
B. Les connaissances
1. L’éducation sexuelle
85,3 % des hommes ont reçu une éducation sexuelle. (nous avons considéré qu’un homme a bénéficié d’une éducation sexuelle chaque fois qu’il a reçu des informations sur la vie sexuelle au moment de la puberté).

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Education sexuelle Non scolarisé Primaire Secondaire Supérieur Total
Non 46,6 % 11,1 % 3,3 % 0 % 14,7 %
Oui 53,4 % 88,9 % 96,7 % 100 % 85,3 %
Education sexuelle en fonction de la scolarité

Les sujets de niveau d’instruction secondaire ou supérieure ont eu plus d’accès à des informations sexuelles que ceux de niveau primaire ou ceux non instruits. On serait donc tenté de dire que l’instruction joue un rôle dans l’éducation sexuelle. Mais la vérité est que l’école ne représente que 1,1 % des sources d’informations sexuelles, contre 2 % pour les parents, 14,1 % pour les mass-médias et 82,8 % pour les amis. Ceci reflète bien la réalité des choses puisque seulement la reproduction (qui est une partie infime de la sexualité) est enseignée en secondaire alors que le lycéen a déjà vécu ou est en train de
vivre sa puberté.
Le lieu de résidence paraît avoir un poids énorme sur l’éducation et la curiosité sexuelle. En effet, 6,9 % seulement de la population urbaine n’ont pas reçu d’éducation sexuelle, alors que ce taux passe à 34,9 % dans la population rurale. Par ailleurs, les mass médias représentent la source d’éducation sexuelle la moins utilisée en milieu rural (1,9 %
contre 17,3 % dans le milieu urbain).
2. La curiosité sexuelle
La majorité des sujets interrogés n’a jamais examiné leur sexe dans une glace (47,3 %) et n’a jamais mesuré la taille de leur sexe (57,3 %). 84,3% des sujets de milieu rural n’ont jamais mesuré la taille de leur sexe et 74,7% n’ont jamais examiné leur
sexe dans une glace. Ces pourcentages passent dans le milieu urbain respectivement à 47% et à 36,9 %.

C. Les attitudes

1. Le but de l’activité sexuelle
Dans notre population, 32,7 % des hommes pensent que le but de l’activité sexuelle
est de satisfaire un besoin physiologique, 31,3 % pensent avoir du plaisir, 20 % pensent
avoir un enfant et 16 % pensent accomplir une obligation.
0%
20%
40%
60%
20-29 30-39 40-49 50-59 60-69
Enfant
Obligation
B Physique
Plaisir
But de l’activité sexuelle en fonction de l’âge

Ce sont les plus jeunes qui pensent que le but de l’activité sexuelle est de satisfaire un besoin physiologique ou d’avoir du plaisir contrairement aux sujets plus âgés qui pensent que le but est d’accomplir une obligation ou d’avoir un enfant.

Dans le milieu rural, le versant reproductif paraît dominer la sexualité puisque 32,5 % pensent que le but de l’activité sexuelle est d’avoir un enfant et seulement 16,9 % pensent que c’est d’avoir du plaisir. Ces valeurs passent respectivement à 15,2 % et à 36,9 % dans le milieu urbain.
49,2 % des célibataires pensent que le but de l’activité sexuelle est de satisfaire un besoin physiologique et 45,9 % avancent la recherche de plaisir. Les sujets mariés sont plus divisés avec 31 % pour l’enfant; 26,4 % pour l’obligation; 20,7 % pour le besoin physiologique et 21,8 % pour le plaisir.
Avoir du plaisir, comme but de l’activité sexuelle, est proportionnel au niveau d’instruction alors que, avoir un enfant, comme but de l’activité sexuelle, est inversement proportionnel au niveau d’instruction.

But de l’activité sexuelle
Non scolarisé Primaire Secondaire Supérieur Total
Enfant 44,8 % 20,6 % 8,8 % 0 % 20 %
Obligation 29,3 % 13,5 % 8,8 % 24 % 16 %
Besoin physiologique 15,5 % 42,1 % 36,3 % 12 % 32,7 %
Plaisir 10,3 % 23,8 % 46,2 % 64 % 31,3 %
Le but de l’activité sexuelle en fonction du niveau d’éducation

2. Mariage et relations sexuelles
Un autre indicateur du poids énorme qu’ont les traditions sur la sexualité est le mythe de la préservation de la virginité chez la femme jusqu’au mariage. En effet, 83,7 % des hommes pensent que la préservation de la virginité chez la femme jusqu’au mariage est une règle sociale à sauvegarder, 10,3 % pensent que c’est un mal social nécessaire et seulement 6 % pensent que c’est un tabou à dépasser. Paradoxalement, la même majorité écrasante (82 %) pense que, pour l’homme, le mariage n’est pas nécessaire pour avoir des rapports sexuels. Ceci apporte la preuve vivante que l’islam n’y est pour rien. En effet, ce
dernier interdit formellement les rapports sexuels avant le mariage aussi bien pour l’homme que pour la femme.
Les traditions pèsent encore plus lourdement sur le milieu rural. En effet, la majorité des hommes dans le milieu rural (97,6 %) pense que la préservation de la virginité
chez la femme jusqu’au mariage est une règle sociale à sauvegarder, alors que ce pourcentage passe à 78,3 % dans le milieu urbain. Aucun homme résidant dans le milieu rural ne pense que c’est un tabou social à dépasser alors que 8,3 % des hommes de milieu urbain le pensent. 2,4 % des sujets de milieu rural pensent que c’est un mal social nécessaire, ce pourcentage passe à 13,4 % dans le milieu urbain. Le milieu rural reste partagé pour la question des rapports sexuels de l’homme avant le mariage. En effet, 59 % pensent que, pour l’homme, le mariage n’est pas nécessaire pour avoir des rapports sexuels et 41 % pensent le contraire. Ces pourcentages passent respectivement dans le milieu urbain à 90,8 % et à 9,2 %.
La virginité reste donc, dans notre société, un indicateur de chasteté et un certificat de bonne conduite prénuptiale.
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3. Amour et rapports sexuels
L’amour n’est pas nécessaire pour avoir des rapports sexuels, mais les rapports sexuels sont nécessaires dans une relation amoureuse. C’est ce que pense la majorité des hommes quant aux relations qui peuvent exister entre l’amour et la sexualité. En effet, 73,3% pensent qu’ils ne doivent pas nécessairement être amoureux pour avoir des rapports sexuels et 56 % pensent qu’une relation amoureuse ne pourrait pas exister sans rapports sexuels.
62,7 % des hommes de milieu rural pensent qu’une relation amoureuse peut exister sans rapports sexuels et 51,8 % pensent qu’ils doivent être amoureux pour avoir des rapports sexuels. Ces pourcentages passent dans le milieu urbain respectivement à 36,9 % et à 17,1 %.

4. Pratiques sexuelles interdites par la société
L’homosexualité paraît être la pratique sexuelle la moins tolérée par la société (77,3 %), suivie de l’adultère (12 %), des relations sexuelles sans mariage (7,7 %) et en dernière position la masturbation (3 %).
Ce sont les plus jeunes qui pensent que la pratique sexuelle la plus interdite par la société est l’homosexualité.
81,6 % des hommes résidant dans le milieu urbain pensent que la pratique sexuelle la plus intolérable par la société est l’homosexualité contre 66,3 % pour les hommes résidant dans le milieu rural.
89,3 % des célibataires pensent que la pratique sexuelle la plus intolérable par la société est l’homosexualité et seulement 69,1 % des mariés ou séparés le pensent. 17,4 % de ces derniers désignent l’adultère comme la pratique sexuelle la plus mal acceptée par la société contre 4,1 % parmi les célibataires.
Ceci prouve que la mutation sociale a peu ou pas d’influence sur notre conception de l’homosexualité, puisque l’homophobie, qui tend à disparaître dans l’Occident, reste bien ancrée dans la mentalité des jeunes de notre société.

D. Pratiques et vécu
1. La première activité sexuelle
L’âge moyen de la première activité sexuelle est de 15 ans. Il passe à 16,5 ans dans le milieu rural contre 14,5 ans dans le milieu urbain.
Cette première activité sexuelle était une masturbation dans 78 % des cas, un coït dans 19,3 % des cas et une expérience homosexuelle dans 2,7 % des cas.
La (e) partenaire du premier rapport sexuel est dans 47 % des cas une prostituée, dans 19,7 % des cas l’épouse, dans 12,1 % des cas une femme célibataire, dans 12,1 % des cas un homme et dans 9,1 % des cas une femme mariée. Cette première partenaire sexuelle était une prostituée chez 66,7 % des hommes d’origine rurale et chez 30,6 % des hommes d’origine urbaine. Ceci pourrait être attribué au poids des traditions et à la prohibition de la mixité prédominant surtout dans le milieu rural.
2. Les pratiques sexuelles
a) L’homosexualité
35,3 % des hommes reconnaissent avoir eu au moins une fois dans leur vie des relations homosexuelles (définies comme toute activité homosexuelle débutant vers l’âge de l’adolescence). Ces relations sont plus fréquentes en milieu rural (47 %), où domine la prohibition de la mixité, qu’en milieu urbain (30,9 %). Un seul homme (0,33 %) de notre population était exclusivement homosexuel.
b) Les rapports anaux
Rapports annaux Célibataires Mariés et séparés Total
Non 33,9 % 69,1 % 60,7 %
Oui 66,1 % 30,9 % 39,3 %
Pratique des rapports anaux en fonction du statut matrimonial

Un homme marié sur trois pratique le rapport anal avec sa femme alors que deux célibataires sur trois le pratiquent et c’était dans 67,6 % des cas avec une femme célibataire.
82,6 % des hommes de niveau d’instruction supérieur pratiquent le rapport anal alors que ce pourcentage est de 35,1 % pour les autres niveaux.
La plus grande proportion de sujets jeunes et célibataires qui pratique le rapport anal pourrait être rattachée à la préservation de la virginité chez la fille jusqu’au mariage.
En effet, la majorité des adolescents va avoir recours à cette pratique pour éviter la défloration de leur partenaire même s’ils se heurtent parfois au refus de celle-ci.
c) La masturbation
56,3 % des hommes déclarent avoir encore une activité masturbatoire et 85,6 % se sont masturbés au moins une fois dans leur vie. Cette activité est considérée comme occasionnelle par 78,7 % des hommes et seulement 21,3 % la jugent comme fréquente.
Masturbation Célibataires Mariés Total
Non 5,7 % 69,5 % 43,7 %
Oui 94,3 % 30,5 % 56,3 %
sujets ayant actuellement une activité masturbatoire en fonction du
statut matrimonial
Tous les hommes mariés disent qu’ils se masturbent de façon occasionnelle, alors
que 31,1 % des célibataires la considèrent comme une activité fréquente.
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d) Les rapports sexuels
Caractéristiques générales
Dans notre population, 22,7 % des hommes n’ont jamais eu de rapport sexuel et ce sont généralement les plus jeunes contre 77,3 % qui ont eu déjà des rapports sexuels et ce sont les plus âgés. L’âge moyen du premier rapport sexuel est de 28,1 ans.
55,7 % des sujets célibataires n’ont jamais eu de rapport sexuel. Ce pourcentage est de 67 % dans la tranche d’âge des 20-29 ans et 12 % dans la tranche d’âge des 30-39 ans.
C’est surtout dans le milieu rural qu’on trouve la plus grande proportion de célibataires n’ayant jamais eu de rapport sexuel avec 78,1 % et moins dans le milieu urbain avec 47,8 %.
Parmi ceux qui avaient au moment de l’enquête des rapports sexuels, 78,3 % les avaient avec leur épouse, 13,4 % avec une femme célibataire, 3,7 % avec une femme mariée; 0,5 % avec un homme et 4,1 % avec une prostituée. Parmi les célibataires qui avaient au moment de l’enquête des rapports sexuels, 61,7 % les avaient avec une femme célibataire, 17 % avec une femme mariée, 2,1 % avec un homme et 19,1 % avec une prostituée.
La partenaire actuelle des sujets de milieu rural est soit l’épouse (88,9 %), soit la prostituée (11,1 %). Dans le milieu urbain, la répartition est un peu plus homogène avec 74,8 % pour l’épouse, 17,8 % pour la femme célibataire, 4,9 % pour la femme mariées, 0,6 % pour l’homme et 1,8 % pour la prostituée.

La fréquence des rapports
Nombre de rapports sexuels par mois Célibataires Mariés Total
20 – 29 ans 0,8 ********** 0,8
30 – 39 ans 3,2 7,8 6,5
40 – 49 ans *********** 5,6 5,6
50 – 59 ans *********** 3,4 3,4
60 – 69 ans *********** 1,3 1,3
Total 1,3 5,4 3,65
Nombre moyen de rapports sexuels par mois en fonction de l’âge et du
statut matrimonial

Le nombre moyen de rapports sexuels est de 3,65 par mois. La majorité des hommes (58,7 %) ne fait pas l’amour autant qu’elle le veut. Il s’agit dans 88 % des cas de célibataires et séparés, et dans 37,4 % des cas de sujets mariés. Parmi ceux qui font l’amour autant qu’ils le veulent (41,3 %), 62,6 % sont mariés et seulement 12 % sont célibataires ou séparés.

La périodicité des rapports
46,1 % des hommes disent que leurs rapports sexuels obéissent à une périodicité préétablie (le même jour de la semaine ou dans les même conditions ou selon un schéma toujours le même….) et ce sont les plus âgés (moyenne d’âge de 47,6 ans), alors que 53,9 % disent le contraire et ce sont les plus jeunes (moyenne d’âge de 36,5 ans).
La majorité des sujets résidant dans le milieu rural (79,7 %) dit que ses rapports sexuels obéissent à une périodicité préétablie. Ce pourcentage passe à 45,1 % dans le milieu urbain.

Périodicité des rapports Célibataires Mariés et séparés Total
Non 75,9 % 37,9 % 46,1 %
Oui 24,1 % 62,1 % 53,9 %
Périodicité des rapports sexuels en fonction du statut matrimonial
Le changement de position
Dans notre population, 24,1 % des hommes changent toujours de position au cours de leurs rapports sexuels, 30,6 % en changent parfois et 45,3 % n’en changent jamais. Ce sont les plus jeunes qui changent toujours de position au cours de leurs rapports sexuels (moyenne d’âge de 33,2 ans), les moins jeunes (moyenne d’âge de 41,3 ans) en changent parfois, alors que les plus âgés (moyenne d’âge de 48,3 ans) n’en changent jamais.
Il y a plus de sujets ne changeant jamais de position au cours du rapport sexuel dans le milieu rural (67,8 %) que dans le milieu urbain (37,6 %). La tendance s’inverse pour ceux qui en changent parfois (20,3 % le milieu rural et 34,1 % dans le milieu urbain) et ceux qui en changent toujours (11,9 % dans le milieu rural et 28,3 % dans le milieu urbain).

Changement de positions Célibataires Mariés et séparés Total
Jamais 18,5 % 53,4 % 45,3 %
Parfois 24,1 % 32,6 % 30,6 %
Toujours 57,4 % 14 % 24,1 %
Changement de positions au cours du rapport sexuel en fonction du statut
matrimonial

La participation
Au cours du rapport sexuel, 78 % des hommes préfèrent être actifs, 8 % préfèrent être passifs et 14 % préfèrent que ça soit réciproque. Ce sont les plus jeunes qui préfèrent être passifs (moyenne d’âge de 28,7 ans), alors que les hommes plus âgés (moyenne d’âge de 38,4 ans) préfèrent être soit actifs soit les deux à la fois.
Il y a plus de sujets préférant être actifs au cours du rapport sexuel dans le milieu rural (91,6 %) que dans le milieu urbain (72,8 %). La tendance s’inverse pour ceux qui préfèrent être passifs (2,4 % le milieu rural et 10,1 % dans le milieu urbain) et ceux qui préfèrent une participation réciproque (6 % dans le milieu rural et 17,1 % dans le milieu urbain).

Participation aux rapports Célibataires Mariés et séparés Total
Actif 71,3 % 82,6 % 78 %
Les deux 13,9 % 14 % 14 %
Passif 14,8 % 3,4% 8 %
La participation au rapport sexuel en fonction du statut matrimonial
La durée du coït
La durée moyenne du coït (définie comme le temps s’écoulant entre la pénétration et l’éjaculation) est de 1min et 13 sec. La durée la plus courte du coït (33 secondes) est retrouvée chez les sujets dont la partenaire sexuelle est une prostituée.

Cette durée moyenne est plus longue dans le milieu urbain (1min et 17 sec) que dans le milieu rural (1min et 1 sec). Chez les célibataires elle est de 53 secondes, chez les mariés elle est de 1min et 18 sec.
Cette durée moyenne est proportionnelle au niveau d’instruction. En effet, elle est de 1min et 5 sec pour les analphabètes, 1min et 9 sec pour le niveau primaire, 1min et 15 sec pour le niveau secondaire et 1min et 40 sec pour le niveau supérieur.

3. Plaisir et satisfaction
a) La taille du pénis
La grande majorité des hommes (90 %) se dit satisfaite de la taille de leur pénis et ce sont généralement les plus âgés (moyenne d’âge de 39 ans), alors qu’une minorité ne le l’est pas (10 %) et ce sont les plus jeunes (moyenne d’âge de 30,8 ans). C’est dans le milieu urbain qu’on trouve la plus grande proportion d’hommes non satisfaits par la taille de leurs pénis (13,4 %), alors que ce groupe ne représente que 1,2 % du milieu rural.

Satisfaction par la taille du pénis Célibataires Mariés et séparés Total
Non 15,6 % 6,1 % 10 %
Oui 84,4 % 93,9 % 90 %
Satisfaction par la taille du pénis en fonction du statut matrimonial
b) La satisfaction de la partenaire
La majorité des hommes (83,2 %) pense que leur partenaire est satisfaite par la durée du coït. Ils ne sont que 3,9 % à penser le contraire, tandis que 12,9 % disent qu’ils ne savent pas.

Satisfaction de la partenaire Durée moyenne du coït
Oui 1 min et 16 sec
Ne sait pas 57 sec
Non 43 sec
Satisfaction de la partenaire en fonction de la durée du coït

Plus la durée du coït augmente, plus les partenaires sont, selon les hommes, plus satisfaites.

Satisfaction de la partenaire Célibataires Mariés et séparés Total
Oui 63 % 89,4 % 83,2 %
Ne sait pas 27,7 % 8,4 % 12,9 %
Non 9,3 % 2,2 % 3,9 %
Satisfaction de la partenaire par la durée du coït en fonction du statut
matrimonial

c) L’orgasme
70,7 % des hommes disent parvenir toujours à l’orgasme et ce sont les plus jeunes (moyenne d’âge de 39,4 ans), 28,4 % disent y parvenir parfois et ce sont les moins jeunes (moyenne d’âge de 49,8 ans) et enfin 0,9 % disent qu’ils n’y parviennent jamais et ce sont les plus âgés (moyenne d’âge de 60,5 ans).
Les célibataires parviennent toujours à l’orgasme dans 90,7 % des cas, alors que les
mariés y parviennent toujours dans 64,4 % des cas.
La plus grande partie de notre population (89,7 %) pense qu’un rapport sexuel doit nécessairement aboutir à l’orgasme alors qu’ils ne sont que 10,3 % à penser le contraire.

d) Les fantasmes
La majorité des hommes (79 %) dit que sa vie sexuelle est stimulée par des fantasmes et ce sont généralement les plus jeunes (moyenne d’âge de 35,5 ans), alors que ceux qui disent le contraire (21 %) sont les plus âgés (moyenne d’âge de 48,5 ans).

e) La fellation
Dans notre population, 18,1 % des hommes disent que la fellation est la pratique sexuelle la plus stimulante.
Ce sont les célibataires qui pensent plus que la fellation est la pratique sexuelle la plus stimulante (38,9 %) alors que les mariés et les séparés le pensent moins (11,8 %). Ils ont recours préférentiellement à cette méthode pour se satisfaire, sans toucher à la virginité de la femme.
Les hommes résidant dans le milieu urbain pensent plus que la fellation est la pratique sexuelle la plus stimulante (23,1 %), alors que ceux résidant dans le milieu rural le pensent moins (3,4 %).
Plus le niveau d’instruction est élevé, plus les hommes disent que la fellation est la pratique sexuelle la plus stimulante. En effet, ils sont 5,3 % d’analphabètes, 18,7 % de niveau primaire, 24,6 % de niveau secondaire et 30,4 % de niveau supérieur à le penser.

f) Influence de l’abstinence sexuelle
Au cours de la période d’abstinence sexuelle, 67,7 % disent se sentir frustrés physiquement, 14,3 % frustrés affectivement et 18 % indifférents.
Ce sont les plus jeunes qui se sentent frustrés affectivement ou physiquement au cours de la période d’abstinence sexuelle (moyenne d’âge de 36,8 ans), alors que ceux qui se sentent indifférents, sont généralement les plus âgés (moyenne d’âge de 46,2 ans).
Il y plus de sujets qui se sentent indifférents au cours de la période d’abstinence sexuelle parmi les mariés (23 %) que parmi les célibataires (9,8 %) et dans le milieu rural (28,9 %) que dans le milieu urbain (13,8 %).

Influence de l’abstinence sexuelle / Non scolarisé /Primaire /Secondaire /Supérieur /Total
Frustré affectivement 6,9 % 14,3 % 14,3 % 32 % 14,3 %
Frustré physiquement 55,2 % 71,4 % 70,3 % 68 % 67,7 %
Indifférent 37,9 % 14,3 % 15,4 % 0 % 18 %
Influence de l’abstinence sexuelle en fonction du niveau scolaire

g) Influence des enfants
57,6 % des hommes disent que leur sexualité a changé après la naissance d’un enfant.
La majorité des hommes résidant en milieu urbain (63,6 %) dit que sa sexualité a changé après la naissance d’un enfant, alors que plus de la moitié des hommes de résidence rurale (57,1 %) dit le contraire.
Parmi les hommes qui pensent que leur sexualité a changé après la naissance d’un enfant, 52 % disent qu’il s’agit d’une diminution de la fréquence des rapports, 27,6 % d’une amélioration de la qualité des rapports et 20,4 % d’une détérioration de la qualité des rapports sexuels.

h) Satisfaction de la vie sexuelle
65,7 % des hommes disent qu’ils sont satisfaits de leur vie sexuelle et ce sont les plus âgés (moyenne d’âge de 40,6 ans), alors que 34,3 % disent le contraire et ce sont les plus jeunes (moyenne d’âge de 33,8 ans).

Satisfaction de la vie sexuelle Célibataires Mariés Total
Oui 47,5 % 78,7 % 65,7 %
Non 52,5 % 21,3 % 34,3 %
Satisfaction de la vie sexuelle en fonction du statut matrimonial

Si la partenaire sexuelle est l’épouse, alors 79,4 % sont satisfaits, mais si la
partenaire est une prostituée, alors 100 % ne le sont pas.

53,8 % des hommes disent que c’est la partenaire sexuelle qui leur manque, 18,3 % disent que c’est l’entente sexuelle, 14,1 % disent que c’est la santé physique, 11,5 % disent que c’est l’affection et 2 % disent que c’est le temps.

Motifs d’insatisfaction Célibataires Mariés Total
Affection 10,9 % 13,2 % 11,5 %
Entente sexuelle 1,6 % 47,4 % 18,3 %
Partenaire sexuelle 84,4 % 0 % 53,8 %
Santé physique 3,1 % 34,2 % 14,4 %
Temps 0 % 5,3 % 2 %
Motifs d’insatisfaction sexuelle en fonction du statut matrimonial
Motifs d’insatisfaction Célibataires Mariés Séparés Total
Affection 27 ans 41 ans ********** 32 ans
Entente sexuelle 27 ans 43 ans ********** 42 ans
Partenaire sexuelle 23 ans ********** 63 ans 25 ans
Santé physique 34 ans 58 ans ********** 55 ans
Temps ********** 42 ans ********** 42 ans
Moyenne d’âge des motifs d’insatisfaction sexuelle en fonction du statut
matrimonial

Qu’attendent les hommes de leur partenaire sur le plan sexuel ?

57,7 % pensent qu’ils seraient plus satisfaits si la partenaire était plus tendre (moyenne d’âge de 44,4 ans), 36,1 % pensent le devenir si leur partenaire était plus participante (moyenne d’âge de 37,5 ans) et 6,2 % si elle était moins exigeante (moyenne
d’âge de 49,1 ans).
Dans le milieu rural, la majorité écrasante des hommes (86 %) préfère que la partenaire soit plus tendre contre seulement 12,3 % qui la préfère plus participante. Le milieu urbain est partagé avec respectivement 48,2 % et 44,1 %.
Si la partenaire est l’épouse, alors 64 % des hommes la préfèrent plus tendre, mais si la partenaire est une femme célibataire, alors 75% la préfèrent plus participante.

Attitude de la partenaire Célibataires Mariés Total
Plus participante 62,3 % 28,2 % 36,1 %
Plus tendre 37,7 % 63,8 % 57,7 %
Moins exigeante 0 % 8 % 6,2 %
Attitude de la partenaire et satisfaction de la vie sexuelle en fonction
du statut matrimonial

i) Le changement de partenaire
La majorité des hommes (80,6 %) n’a pas envie de changer la partenaire actuelle et
ce sont généralement les plus âgés (moyenne d’âge de 44,7 ans) alors que seulement 19,4
% pensent le contraire et ce sont les moins âgés (moyenne d’âge de 31,7 ans).

Envie de changer la partenaire Célibataires Mariés Total
Non 39,6 % 93,1 % 80,6 %
Oui 60,4 % 6,9 % 19,4 %
Envie de changer la partenaire actuelle en fonction du statut matrimonial

50 % des hommes insatisfaits de leur vie sexuelle n’ont pas envie de changer de partenaire.
57,8 % des hommes disent avoir été toujours fidèles à leur partenaire actuelle et ce sont généralement les plus âgés, alors que 42,2 % disent le contraire et ce sont les plus jeunes.
Parmi les hommes résidant dans le milieu rural, 76,3 % ont été toujours fidèles à leur partenaire actuelle, alors qu’ils ne l’ont été que 51,4 % dans le milieu urbain.

Fidélité Célibataires Mariés Total
Non 81,5 % 29,9 % 42,2 %
Oui 18,5 % 70,1 % 57,8 %
La fidélité en fonction du statut matrimonial

4. La communication
a) Expression du désir sexuel avant le rapport
64,1 % des hommes n’expriment pas leur désir sexuel avant les rapports et ce sont généralement les plus âgés (moyenne d’âge de 45,6 ans), alors que 35,9 % disent le contraire et ce sont les plus jeunes (moyenne d’âge de 37,2 ans).

Expression du désir Célibataires Mariés et séparés Total
Oui 71,7 % 25,3 % 35,9 %
Non 28,3 % 74,7 % 64,1 %
Expression du désir sexuel avant le rapport en fonction du statut matrimonial
Expression du désir Non scolarisé Primaire Secondaire Supérieur Total
Oui 7 % 32,2 % 50,8 % 82,6 % 35,9 %
Non 93 % 67,8 % 49,2 % 17,4 % 64,1 %
Expression du désir sexuel avant le rapport en fonction du niveau d’instruction
Si la partenaire est l’épouse, alors 74,1 % des hommes n’expriment pas leur désir sexuel avant le rapport, alors qu’ils les expriment dans 75 % des cas si la partenaire est une femme célibataire.
86,4 % des hommes résidant dans le milieu rural n’expriment pas leur désir sexuel avant les rapports, alors qu’ils ne sont que 56,4 % dans le milieu urbain à ne pas le faire.
b) Discussion à propos de la qualité du rapport
Seulement 13 % des hommes parlent de la qualité de leur rapport sexuel avec leur partenaire.
Il y a plus d’hommes qui parlent de la qualité de leur rapport sexuel avec leur partenaire dans le milieu urbain (16,3 %) que dans le milieu rural (3,4 %).
28,6 % des hommes parlent de la qualité de leur rapport sexuel si la partenaire est une femme célibataire.
Discussion à propos de la qualité des rapports
Non scolarisé/ Primaire/Secondaire/Supérieur/Total
Oui 0 % 4,4 % 12 % 14 % 13 %
Non 100 % 95,6 % 80,3 % 39,1 % 87 %
Discussion à propos de la qualité du rapport sexuel en fonction niveau
d’instruction

Tous les hommes qui n’expriment pas leur désir sexuel avant les rapports, ne parlent jamais, après les rapports, de leur qualité avec leur partenaire. Alors que seulement 36,1 % de ceux qui expriment leur désir, en parlent après les rapports.
c) La simulation d’orgasme
La plupart des hommes (86,2 %) disent n’avoir jamais simulé un orgasme. 8,8 % des hommes analphabètes ou de niveau d’instruction primaire, 19,7 % des hommes de niveau secondaire et 30,4 % des sujets de niveau supérieur disent avoir déjà simulé un orgasme.
E. Les troubles sexuels
Cette partie s’intéresse aux troubles de la sexualité tout en restant subjective. Elle étudie la perception par l’homme de sa propre sexualité, le trouble qu’il présenterait et le type de consultation.
Seulement 6,3 % des hommes disent présenter un trouble sexuel (tout en restant subjectifs) et ce sont les plus âgés (moyenne d’âge de 46,3 ans) alors que ceux qui disent que leur sexualité est normale (93,7 %) sont généralement les plus jeunes (moyenne d’âge de 37,7 ans).

Trouble sexuel Pourcentage Moyenne d’âge
Impuissance érectile 4 % 54 ans
Ejaculation précoce 0,6 % 31 ans
Masturbation frénétique 0,6 % 20 ans
Diminution de la libido 0,3 % 52 ans
Hypersexualité 0,3 % 46 ans
Infertilité 0,3 % 34 ans
Total 6,3 % 46 ans
Type de trouble sexuel et moyenne d’âge

Le tabou de la sexualité atteint ici son apogée puisque moins de la moitié (47,3 %) des hommes qui disent présenter un trouble sexuel ont consulté un médecin. Ces chiffres ne sont retrouvés dans aucune autre pathologie qui donnerait autant de souffrance humaine. Ils touchent toute la société et sont indépendants des autres paramètres (âge, statut matrimonial, niveau d’instruction, lieu de résidence).
Les hommes considèrent le trouble sexuel comme une fatalité et préfèrent continuer à souffrir, avec toutes les répercussions que cela aura sur le plan familial et socioprofessionnel, que de consulter un médecin et de lui parler de sa sexualité.
Même ceux qui «osent» et consultent un médecin (le médecin généraliste vient en première position avec 44,4 %, suivi de l’urologue avec 33,3 % et en dernier lieu on trouve l’endocrinologue et le psychiatre avec seulement 11,1 %) disent, dans la grande majorité des cas, qu’il n’existait aucune amélioration. Peut-être parce que leur demande était disproportionnée par rapport à leur pathologie, mais plus certainement parce que le médecin généraliste (venant en tête de liste des consultations) n’est nullement préparé à traiter les troubles sexuels, ni même capable de parler de sexualité avec ses patients.

CONCLUSION
Il apparaît évident aujourd’hui que la sexualité est une dimension constitutive de chaque personne et non pas seulement une fonction corporelle. Les sentiments, les attentes, les espoirs, les croyances et les valeurs font que la vie sexuelle de chaque individu lui ressemble. Elle est, en plus, liée à toutes les questions humaines essentielles tels que les origines de l’être, sa finitude et son devenir, le plaisir, la souffrance et les liens humains.
Nous assistons de part le monde à un changement de paradigme du comportement sexuel. Sa finalité n’est plus la procréation mais le plaisir et ce depuis l’avènement des produits contraceptifs qui sont à l’origine de la disjonction reproduction/plaisir.
La normalité du comportement sexuel du couple n’est plus guidée par l’instinct de reproduction mais par la recherche du plaisir physique.
En Tunisie, un voile tantôt discret tantôt violent a enveloppé l’être et l’agir sexuel,les marquant du sceau de l’ignorance, de la honte et de la culpabilité.
L’enquête que nous avons menée démontre bien les changements qui apparaissent en Tunisie et surtout chez les jeunes chez qui pointent la reconnaissance de la partenaire, la curiosité et la recherche hédonique et érotologique.
La coupure persiste encore entre le comportement sexuel urbain et rural où la socio-culture joue un rôle prédominant.
En tout état de cause nous pensons que le temps est venu pour réhabiliter la sexualité par une étude scientifique et objective. Nous sommes convaincus que la sexualité peut être dite et étudiée et qu’elle doit être connue et expliquée.


REFERENCES
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Masson 1996:578.
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5. Code de statut personnel. Imprimerie officielle de la république tunisienne 1997:9.
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7. Fornari F. Sexualité et culture. Paris : PUF 1980:37-55.
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15. Zilberdeld B. Le modèle imaginaire : Le processus et les objectifs sexuels. Dans : La sexualité masculine.
Paris : Ramsay 1978:37-61.

Wednesday, July 13, 2005

PLACE DE L’INCARCERATION DANS LA PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE DES PARANOÏAQUES

I. INTRODUCTION

Lorsque les paranoïaques transgressent la Loi et commettent un crime, ils sont appelés à répondre de leur acte devant les autorités judiciaires. Leur incarcération reste une affaire de justice.
Le psychiatre en tant qu’expert évaluera l’état de santé mentale du sujet et statuera sur sa responsabilité. Son avis n’est que technique et le juge n’est pas toujours tenu de le suivre.

La loi tunisienne précise qu’il n’y a pas de sanction pénale contre l’aliéné criminel proclamé dément. ( article 38 du code pénal).

La question que nous nous posons est celle de la pertinence de la déresponsabilisation systématique du paranoïaque et de l’incidence de celle-ci sur l’évolution de ses troubles.

II. SPECIFICITES DU PROBLEME DU PARANOÏAQUE

Le terme de paranoïa existant déjà avant Hippocrate, a été réintroduit au XIX siècle pour désigner la folie raisonnante, association étrange de la folie et de la raison, marquée par la préservation d’un secteur important de la personnalité, essentiellement des facultés intellectuelles accessibles à la cohérence, au raisonnement logique et adaptées à la réalité.

L ’accent a souvent été mis sur la dangerosité du paranoïaque. Celui-ci est parmi les sujets présentant la plus haute dangerosité psychiatrique du fait de la durée d’évolution de ses troubles, de leur caractère insidieux et de la spécificité inébranlable de sa détermination criminogène. Les réactions médico-légales du paranoïaque sont variées, violentes allant des procès aux meurtres.

Certains éléments sont importants pour déterminer le danger que présente le paranoïaque dont essentiellement :
· La systématisation du délire.
· La dissimulation du délire derrière une conservation apparente de la clarté et de l’ordre de la pensée.
· L’existence d’un caractère antérieur pétri d’orgueil, de méfiance, de fausseté de jugement, d’une imperméabilité aux réfutations logiques et à l’expérience des faits, un caractère qui se manifeste par un style de vie, des modes stéréotypés de réactions et des anomalies des conduites aboutissant à une inadaptation sociale.

L’éclosion de l’état dangereux est en rapport étroit avec le délire, lequel comporte trois éléments indissolubles :
· La prévalence de l’idée : Il s’agit d’une conviction irréductible de la nécessité d’atteindre un but.
· Une passion intense donnant la force pour persister vers le but en recherchant sans cesse des preuves malgré leur absence.
· Le développement en secteur du délire qui s’enfonce dans la réalité.
III. LE PARANOÏAQUE ET LA LOI

La Loi est une règle générale écrite et établie par la société. Elle est l’expression de la volonté générale et signifie que l’individu est source de toute loi.

Le paranoïaque dans sa relation à l’autre met en jeu la loi : Il s’agit en fait de sa loi. Il se met à l’aise dans le registre de cette loi à laquelle il s’identifie. Elle devient la vraie loi dont il est l’instrument et qu’il doit énoncer. Il la défend comme s’il en était le dépositaire. Il s’agit d’une loi d’égalité et de parité qui correspond à son désir de toute puissance.

La conviction délirante totale et irréductible du paranoïaque aboutit à une conception unilatérale du droit ; le paranoïaque se transforme en un justicier qui ne se résigne pas, qui devant ses échecs renouvelés, se fait justice lui-même.

Le paranoïaque, non seulement ne se permet pas d’ignorer la loi, mais la considère comme étant un savoir qui dépend de lui et repose sur lui. Pour lui, la loi n’est ni violée, ni transgressée, ni détournée ni interprétée ; son passage à l’acte s’inscrit dans une logique de son système.

IV. RESPONSABILITÉ DU PARANOÏAQUE

Face au crime du paranoïaque, le juge demande souvent l’avis du psychiatre expert afin de déterminer sa responsabilité.

La notion de responsabilité apparaît en référence au libre arbitre et à la philosophie de la conscience. Le sujet n’est responsable de ses actes que dans la mesure où il est reconnu pouvoir en rendre compte à une instance tierce et prendre en charge les conséquences de sa conduite et de son comportement. N’est jugeable que l’être doué de raison.

A notre sens, le paranoïaque est abusivement assimilé à un dément, il est considéré systématiquement irresponsable conformément à l’article 38 du Code Pénal qui stipule qu’ «il n’y a pas de délit ni de crime quand l’acte a été commis sous l’emprise de la démence».

Le paranoïaque est le fou auquel, correspondrait le moins le terme de dément. En effet, il est bien ancré dans la réalité, ses capacités de jugement et de discernement bien que faussées ne sont jamais abolies.



V. LA PERTINENCE DE LA DÉRESPONSABILISATION DES PARANOÏAQUES


La finalité de l’irresponsabilisation du paranoïaque et de fait sa mise en placement d’office est d’ordre thérapeutique. Or ce dernier se retrouve dans une situation paradoxale affolante : enfermé dans une institution psychiatrique qui le considère comme aliéné et le dépossédant de son acte, alors que lui, nie tout état morbide et revendique la responsabilité de cet acte.

Pour Jacques Lacan, le marquage «hors imputation» du paranoïaque n’est plus concevable aujourd’hui. «L’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté». Lui refuser les conséquences juridiques de ses actes, c’est le maintenir hors des frontières de l’humain.

Dans sa thèse de 1932 «De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité», Lacan fait l’analyse de la situation d’irresponsabilité et ne la juge pas opportune. Pour lui, la répression pénitentiaire appliquée avec le bénéfice de l’atténuation, semble avoir une valeur thérapeutique égale à la prophylaxie asilaire tout en assurant de façon meilleure et les droits de l’individu et les responsabilités de la société. La sanction a une fonction de reconnaissance.

Gonin dans «Justice et psychiatrie», écrivait qu’ «étiqueter le paranoïaque de dément et d’irresponsable, le déclarer hors-la-loi sans possibilité de retour sur l’acte disqualifiant, le diagnostiquer malade d’inhumanité, c’est l’annuler comme être de parole, assécher le courant de vie humaine en lui». La confrontation à la justice permettrait une certaine prise de conscience et une première esquisse de traitement.

Toucouère F. dans sa thèse en 1983, étudiant l’incidence de l’irresponsabilité pénale sur l’évolution clinique de trois cas de psychose fait remarquer que « la non-reconnaissance de ces actes, symptômes que constitue le non-lieu judiciaire, a une incidence fâcheuse sur l’évolution de ces patients, car au lieu de leur donner l’occasion d’une accession « au symbolique » par un travail sur la signification rétrospective de leur acte, la déresponsabilisation annulant ce travail, ferme toute issue et fonctionne comme un déni psychotique.

Ne vaut-il pas mieux, comme l’écrit Benezech, pour le paranoïaque d’avoir à répondre de ses actes devant la justice, qui permet l’extériorisation du conflit et de l’angoisse à travers une culpabilité objective que de se retrouver seul face à sa culpabilité morbide subjective beaucoup plus destructrice.

Au-delà des répercussions sur l’individu, Hermann Simon montre que le principe de l’irresponsabilité pénale des paranoïaques a des effets pathogènes, même dans les institutions psychiatriques.

Certains auteurs, désireux de réintégrer le paranoïaque dans la communauté humaine où chacun est un sujet de droit, ont été jusqu’à considérer qu’il devait subir le sort commun des auteurs de crime ou de délit et réclamer pour lui, au-delà du droit au jugement, le droit à la prison, avec néanmoins, le bénéfice de l’atténuation.


VI. CONCLUSION

Qu’il ne soit pas jugé ou qu’il le soit, le paranoïaque auteur d’une infraction doit être pris en charge dans son propre intérêt et celui de la société, compte tenu de sa dangerosité matérialisée à travers les faits réalisés. Il faut le soigner et prévenir la récidive.

Une loi actualisée et plus nuancée devrait être envisagée en terme de responsabilité pénale des malades mentaux et en particulier le paranoïaque comme c’est le cas dans d’autres pays.

D’autre part, des établissements pénitentiaires spécialisés dotés de services médico-psychologiques et psychiatriques sont à créer pour ce type de patients, assurant soins et sécurité.


REFERENCES

1. Addad M, Benezech M. L’irresponsabilité des handicapés mentaux (en droit français et anglo-saxon). Paris, Ed Genin, 1981.
2. Cordier B, Leyrie J. L’expertise psychiatrique. Paris, EMC Psychiatrie, 37-902-A-10, 1992, 6p.
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4. Heuyer G. Les troubles mentaux : Etude criminologique. Paris, PUF, 1968 : 466p.
5. Hivert PE, Garrabe J. Le rôle du psychiatre en criminologie. Prespect Psychiat, 1965 ; 12 : 7-14.
6. Leauté J. Criminologie et sciences pénitentiaires. Paris, PUF, 1972 : 832p.
7. Loo P. Responsabilité entière ?. Paris, Masson 1973, 120p.

SEXUALITE FEMININE ET DONNEES SOCIO-CULTURELLES

«Les influence socioculturelles placent le plus souvent la femme dans une situation où elle est contrainte d’adapter, de sublimer, de refouler, ou même de dévier sa capacité naturelle de fonctionner sexuellement pour remplir le rôle qui lui a été assigné génétiquement (la reproduction). Masters et Johnson.



La sexualité est à la base même de la société; une espèce asexuée peut engendrer une colonie mais en aucun cas elle ne donnera une société. C’est dire le rôle de la société comme instance régulatrice et organisatrice de la sexualité, de ses membres et en même temps l'importance de la dialectique individu / société dans la modification de la perception de la sexualité.

Chaque société définie ses normes et ses traditions sexuelles et infléchit le statut et le rôle sexuels de ses membres. C'est dans ce cadre que nous constatons la variabilité du comportement sexuel en fonction des sociétés. La représentation collective de la sexualité, les traditions diffèrent selon le temps, les cultures et même selon les communautés au sein de la même culture.

En occident, sous l’influence des mouvements de libération sociale et des mouvement de libération des femmes, une révolution sexuelle a été fortement revendiquée. Alexandra Kollontaï a dénoncé, dès le début du siècle dernier, la répression sexuelle des femmes et l’a rattaché à l’oppression de classe. Wilhem Reïch affirma que les coutumes sociales sont responsables d’importantes différences entre la sexualité masculine et féminine. Il considéra que «la moralité capitaliste, moralité de classe, est contre la sexualité et engendre donc le conflit au premier chef. Le mouvement révolutionnaire élimine le conflit en construisant tout d’abord une idéologie favorable au sexe et en lui donnant la forme pratique d’une nouvelle législation et d’un nouveau mode de la vie sexuelle».

Simone De Beauvoir, dans son livre «le deuxième sexe», a exercé une profonde influence sur les nouvelles féministes des années 60. Elle critique Freud et elle considère la culture patriarcale source d’infériorité sociale de la fille et de supériorité du petit garçon.

L’influence du courant des féministes s’est fait sentir surtout au cours des années 60-70. Un événement capital dans l’évolution de la sexualité féminine a été la découverte des méthodes contraceptives en 1955 par Pincus et leur commercialisation en 1960. «Il n’aurait jamais été question d’égalité sexuelle si la connaissance de la contraception n’avait permis aux deux sexes d’assurer la responsabilité totale de tout ce qui résulte de leur contact» (Masters et Johnson)

La révolution sexuelle occidentale a entraîné certainement une certaine libération des pratiques sexuelles, ceci n’empêche que la fonction érotique est «toujours entravée» selon l’expression de Zwang. Par ailleurs, de nouvelles problèmes vont surgir tel que la pornographie, le SIDA….

Dans le monde arabe, la sexualité demeure un tabou, l’oppression des femmes garde son aspect le plus archaïque. Toutefois, plusieurs voix se sont levées contre cette stigmatisation.

Parmi elles, celle de Kacem Amin, qui était l’un des premiers a avoir critiquer la situation de la femme arabe et a dénoncer la polygamie, le port de voile et la non participation à la vie active. Plusieurs auteurs ont continué sur le même chemin. Parmi eux, le poète Nizar Kabbani, qui consacra la majorité de ses œuvres a défendre les droits de la femme dans le monde arabo – musulman ; et l’écrivain tunisien Taher Haddad et son célèbre livre «Notre femme dans la législation musulmane et la société» (ﻊﻣﺗﺟﻣﻟﺍ ﻮ ﻪﻌﻴﺭﺷﻟﺍ ﻰﻓ ﺎﻨﺘﺃﺭﻣﺇ), qui lui a valu beaucoup de critiques et sanctions.

Plus récemment, Nawal Saadaoui a rompue le silence. Dans ses écrits, elle a essayé de diffuser une certaine connaissance scientifique sue la sexualité des femmes tout en démystifiant la jouissance féminine et en critiquant l’oppression des femmes.

En Tunisie, dès l’aube de l’indépendance, grâce à plusieurs intellectuels comme Taher Haddad et politiciens comme Habib bourguiba, les femmes ont pu bénéficier de plusieurs droits comme celui à l’éducation, au travail, la non obligation du port du voile, le libre accès aux méthodes contraceptives et le code du statut personnel. Ce dernier représente une révolution et offre à la femme tunisienne des droits dont ne bénéficie, jusqu’à ce jour, aucune femme dans le monde arabo-musulman (liberté du choix du partenaire, l’abolition de la polygamie, le droit au divorce...).
A. Le développement du comportement sexuel selon l'approche sociale


Simon et Gagnon proposent l’hypothèse que rien n’est véritablement sexuel dans l’enfance. Pendant cette période, nous développons des potentialités telles la sociabilité, la psychomotricité, que nous n’investirons dans un but sexuel, c’est à dire avec une intention sexuelle, qu’à l’adolescence.

Ils soutiennent que la fillette apprend un rôle de "genre" et non un rôle sexuel. Ce qui prime chez elle c’est l’acquisition d’une "genralité" et non l’acquisition de la sexualité. L’apprentissage d’un rôle de genre et le développement d’une "genralité", partie intégrante du développement du moi, ne sont pas conséquence des expériences dites sexuelles de la petite fille, mais résultent des comportements liés au sentiment de s’appartenir.

Ainsi, la petite fille n’est pas un être sexuel ; elle n’est pas le précurseur de l’adulte sexuel. Par exemple, bien s’habiller pour plaire à notre entourage développe l’idée de couleur tout autant que l’art de plaire, en passant par le développement de l’intelligence ; cependant, il n’y a pas comme à l’adolescence, une intention sexuelle. L’adolescente qui met une mini jupe pour attirer le regard d’un garçon vise, elle, le contact sexuel. Elle doit apprendre à intégrer ces potentialités dans un scénario efficace.

Le comportement sexuel d’un individu est inscrit non pas dans sa personne, mais dans les attentes sociales. L’adolescente apprend sa sexualité comme elle apprend un scénario : elle investit les auteurs de valeurs érotiques. C’est ainsi qu’une situation devient sexuelle non parce qu’elle contient tous les éléments sexuels, comme l’intimité, l’atmosphère ou tout autre facteur attirant, mais parce qu’un des facteurs décidera d’investir sexuellement la situation, c’est à dire qu’il organisera les éléments d’un scénario sexuel. Pour expliquer leur point de vue, Simon et Gagnon utilisent l’analogie des bâtons à feu : ils sont bien secs, de bonne qualité, mais, pour que le feu s’allume, il faut les frotter l’un contre l’autre.

En effet, John Gagnon et William Simon postulent que :
1. Le domaine sexuel, chez l’être humain, est peut être la dimension où le biologique est le plus complètement dominé par le socioculturel.
2. La fillette n’est pas un être sexuel ; elle n’est pas le précurseur.
3. Il y a une nette différence entre sexualité et «genralité».

Simon et Gagnon critiquent la position Freudienne sur l’existence d’une libido omniprésente qui expliquerait le développement de l’individu et de sa vie sociale. Pour eux, les comportements extérieurs présumés sexuels de la fillette ne sont pas concomitants des comportements intérieurs sexuels. Ils les expliquent par des phénomènes de curiosité, de maîtrise de la réalité et ne doivent pas être assimilés aux préoccupations érotiques adultes. Ainsi, la petite fille qui joue avec son sexe n’accomplit pas un geste sexuel mais se permet une petite sensualité assimilable à la recherche, chez l’adulte, d’un bon fauteuil.

Ils avancent que nous avons une perception biaisée des enfants : on les considère comme des petits adultes, plutôt que de chercher les caractéristiques de leur autonomie et de leur originalité.

Ils rejettent donc toutes les notions Freudiennes :

1. La libido comme attribut biologique universel et fixe.
2. L’influence universelle de la scène primitive.
3. Les retentissements directs ou indirects, sur la personnalité, de la non satisfaction de la libido.

Il y aurait en effet tant de différences dans les manifestations sexuelles comportementales depuis nos origines qu’il est impossible de l’expliquer par une seule force libidinale. La sexualité humaine est différente selon les âges, les sexes, les cultures, les races et les groupes sociaux.

Pour Simon et Gagnon, tout repose sur les attentes sociales. La sexualité, de plus, n’est pas contrôlée par la seule société, car on retrouve dans certaines sociétés primitives ce besoin, non pas de dominer la sexualité, mais de la favoriser pour permettre la reproduction et la conservation de l’espèce. Dans leur hypothèse, la sexualité serait tout à fait plastique, soumise et esclave des attentes, des normes et stéréotypes sociaux.


A. Ethnologie et sexualité


Depuis Hérodote, nous disposons d’une somme d’observations et de renseignements qui concourent à nous convaincre qu’il n’existe pas de norme universelle pour les comportements sexuels humains. C’est pour ça que l’ethnologie parait indispensable pour étudier le comportement sexuel.

Prenons l’exemple des tabous. Les Tahitiens ne connaissaient aucun tabou relatif à la pudeur. Des couples de tous âges faisaient naturellement l’amour en public sous l’encouragement des spectateurs, par contre, ils s’isolaient et se cachaient pour prendre leurs repas : manger en public était tabou. Ainsi la pudeur peut ne pas être exclusivement associée au corps, mais connaître un transfert sur un objet : la nourriture.

La pudeur peut être associée à des critères géographiques ou de clan : ainsi, chez les tribus voisines d’Amazonie, les Guyacurus et les Uapas, les hommes de la première sont nus et les femmes habillées alors que dans la seconde, ce sont les femmes qui sont nues et les hommes habillés. La déesse Nout montre son sexe sans censure, avec sa fente et sa pilosité, formant le delta renversé sumérien.

La pudeur peut être associée à des critères esthétiques : dans la tribu soudanaise des Nouba de Kau, seuls les individus considérés comme beaux ont le droit de vivre entièrement nus. Ici, la nudité est à l’opposé de la honte, c’est au contraire un privilège.

Pratiquement toutes les sociétés connaissent le tabou de l’inceste, même s’il peut être transgressé par une partie des sujets.

Cet inceste était une des prérogatives des empereurs chinois, alors que dans leur société, la notion d’inceste s’étendait même à ceux qui portaient le même nom. L’homme qui désirait avoir des rapports sexuels avec une prostituée, lui demandait en guise de préliminaire son nom de famille pour ne pas prendre le risque de contracter une union incestueuse. Le cas le plus célèbre d’inceste en Egypte ancienne est celui d’Osiris et Isis.

D’après les ethnologues, une seule société ignorerait totalement l’inceste, il s’agirait des Indiens Chippeways de l’Iowa et du Wisconsin chez qui les mariages se font exclusivement par affinité.

Tous ces exemples sur la variation du comportement sexuel à travers les époques et les sociétés nous démontrent que la sexualité n’est pas quelque chose d’inné, mais simplement la conséquence d’un processus d’intégration du corps dans une fonction sociale.





C . Art et sexualité

Les liens entre le sexe et l’image sont si étroits et si constants qu’ils ont amené les militants ennemis du sexe, à diverses époques de l’histoire, à rejeter tout art comme étant nécessairement corrompu par la sensualité. D’autre part, la domination de l’homme artiste et l’intérêt masculin dans l’art ont été tellement universels, que l’on est tenté de conclure que l’art est une expression de la sexualité masculine !!!.

De tout temps, l’art s’est vu envahi de présentations érotiques. Parmi les représentations les plus anciennes du corps humain se trouvent des figurines sculptées et des reliefs de femmes avec des seins et des hanches fortement exagérés qui datent du début de l’âge de pierre. Certaines de ces sculptures semblent représenter des femmes enceintes et ressemblent ainsi à des peintures des cavernes de la même époque, qui représentent des animaux en état de grossesse.

Il est probable que ces dessins furent tracés dans le but de favoriser la fécondité de la tribu et des troupeaux. Ils n’étaient pas seulement destinés à ressembler à la réalité, mais à être la réalité, ramenée à l’existence réelle de la matière morte dans l’accomplissement magique d’une prière. Leur caractère sexuel était double : ces images étaient des instruments de fécondité et étaient elles-mêmes le produit d’un processus semblable à la reproduction humaine.

La grossesse a été peu représentée et il est très difficile de trouver des documents écrits à son sujet jusqu’à une époque relativement tardive. En effet, les artistes, quelle que soit l’époque, sont dans l’immense majorité des cas, des hommes, et c’est leur vision de la femmes enceinte qu’ils transmettent. Il faut attendre le XXème siècle pour voir apparaître des femmes elles-même peintres ou photographes.

En dehors de ce qu’on peut appeler un «motif imposé» (religieux : visitation, Vierge des Avents ou mythologique : Diane et Casllisto), la femme enceinte a été très peu étudiée par les peintres, contrairement aux représentations de nus, de scènes d’accouchement ou d’accouplement.

1. A l’époque préhistorique

Pendant cette période on trouve les gravures rupestres (le femme au renne, la femme à la licorne) ou les fameuses statuettes dites Vénus stéatopyges datant du paléolithique supérieur (Vénus Lespugue en France, Vénus de Willendort en Autriche).

Leur morphologie provient d’un métabolisme particulier faisant accumuler dans les fesses, l’abdomen et le haut des cuisses des réserves de graisse qui leur permettent de survivre pendant les périodes de disette. Cette propriété se trouve chez certaines peuplades primitives comme les Bochimans du Kalahori.

On peut cependant les considérer comme des témoins du culte de la fécondité existant déjà à l’époque : la femme est louée pour sa fiction de reproduction. Peut-être, était-ce en relation avec cette fonction, un idéal de forme. On pourrait en rapprocher le goût d’un certain nombre de peuples pour les femmes plantureuses (symbole de la fécondité et de la richesse).

2. Pendant l’Antiquité

Les représentations proviennent surtout d’Amérique latine. La femme enceinte fait partir du décor quotidien. Les artistes utilisent le «gros ventre» dans la décoration d’objet utilitaire (cruche…). Par contre, les civilisations méditerranéennes (Grecs, Romains…) ne représentent jamais de gestantes.

3. Dans l’Art nègre

L’idée de fécondité est avant tout traduite par des représentations de mère et d’enfant. A part quelques «gros ventres» évidents, il est difficile de reconnaître comme telles les représentations de femme enceinte. La femme est figurée avec un renflement du bas-ventre, ce qui la différencie des représentations masculines.

4. Au Moyen Age

L’art est pratiquement religieux. Toutes les représentations proviennent d’Europe et sont constituées par des thèmes illustrant le culte marial (Visitation, Vierge des Avents, doute de Joseph) ou plus rarement d’essence profane : les fameux époux Arnolfini de Van Eyck, tableau chargé de calme et de tendresse.

Il faut souligner, à ce sujet, la difficulté d’affirmer qu’une femme est enceinte ou non, en raison du costume et de la légère corpulence des femmes à cette époque.

La Vierge de Piero dello Francesca nous introduit dans la renaissance. On note la diminution du sentiment religieux : la Vierge élégante dans ce décor théâtral, évoquant plus une dame de la cours posant pour un peintre.

5. Au XVème et XVIème siècle

La révolution sociale et culturelle, que l’on appelle Renaissance, a transformé les fonctions idéologiques et les fondements sociaux de l’art. Les artistes ont eu la possibilité de traiter des sujets interdits par l’église.

La madone devient très humaine, soit sous la forme d’une femme du peuple, soit d’une dame de la cours. Les tableaux perdent beaucoup de leur caractère religieux, pour devenir presque une étude de mœurs de l’époque.

A côté des thèmes religieux apparaissant des thèmes mythologiques (Diane découvrant la grossesse de Callisto), des sujets médicalisés : études anatomique de Léonard de Vinci, statuette articulée servant de modèle anatomique, ou tel admirable dessin d’Ambroise Paré.

6. Au XVIIème, XVIIIème et XIXème siècle

Les divers mouvements qui ont dominé l’histoire de l’art en Europe au XIXème siècle, depuis le néoclassicisme et le romantisme jusqu’aux différentes formes du naturalisme et du réalisme, ne favorisaient pas le développement d’un art érotique vigoureux.

Les représentations de femmes sont peu nombreuses et l’on retrouve les mêmes thèmes (visitation, Diane et Callisto, études anatomiques matière à œuvre d’art). Mais la femme enceinte commence à faire son apparition comme sujet en soi, bien qu’encore entourée d’anecdote ou vue sous un angle satirique.

7. Depuis le XXème siècle

L’avènement de l’art abstrait au XXème siècle ne pouvait qu’avoir un effet encore plus défavorable sur l’art érotique, car il est difficile de se référer au sexe dans un style totalement non figuratif.

Bien que peu représentée en comparaison de la profusion des œuvres d’art, la femme enceinte est peinte pour elle-même, soit avec un certain symbolisme comme la maternité de Chagall, où l’on reconnaît une certaine influence religieuse (icône, Vierge des Avents, avec fœtus visible). Dans la très belle œuvre de Klimt (Autriche), une belle femme enceinte est entourée de personnages laids et faciès de croque-morts.

Bavert JF disait en photographiant quelques femmes enceintes : «Je n’ai pas voulu choquer, mais plutôt réagir contre le tabou qui existe à propos des femmes enceintes…Il faut démystifier tout cela. Si le femme enceinte est démystifiée, elle peut être un modèle comme un autre du corps, du point de vue sculptural, la forme très belle».

Petit à petit, l’art va cesser d’être le véhicule de l’érotisme ; le cinéma et la pornographie remplissent désormais cette fonction.

D. Cinéma et sexualité

Si le comportement sexuel est en partie acquis, le cinéma est alors le meilleur moyen pour l’homme de parfaire son éducation sexuelle. Depuis 1895 et la fameuse projection d’un train entrant dans une gare des frères Lumière, le cinéma est devenu l’un des véhicules principaux de l’érotisme. En effet, ce dernier a commencé par l’exposition de plus en plus grande de l’anatomie humaine puis par des représentations de plus en plus explicites de scènes de coït.

Dans la plupart des grands films (c’est à dire ceux qui sont les plus vus, les plus connus et les plus appréciés) le thème central et le cadre narratif consistent en une histoire d’amour hétérosexuel. "Naissance d’une nation", "Intolérance", "Métropolis", "Camile", "Autant en emporte le vent", "L’ange bleu"… ne sont que quelques exemples qui affirment que les questions d’ordre sexuel représentent la préoccupation principale d’entre nous.

La présence centrale de la femme en tant qu’objet physique et sexuel dans le cinéma, se double de son rôle sexuel en tant que thème central de l’illusion masculine. Cette présence symbolique n’est jamais pleinement traduite dans la logique aristotélicienne ni dans la réalité physique.

La partie du corps la plus apte, du point de vue visuel, à exprimer deux volets du diptyque, est le visage. Bien que la poitrine et les jambes des femmes aient commencé à se revêtir d’un caractère presque fétichiste pendant les années 40 et que la fin des années 60 ait vu à la nudité entière de la femme au cinéma, on peut dire que, depuis l’invention du gros plan jusqu’à nos jours, les beaux visages de femmes ont été l’attrait prédominant du cinéma et ont fini ainsi, grâce à lui, par jouer un rôle important dans l’art et la vie.

Des visages comme ceux de Theda Bara, Dolores Del Rio, Marlène Dietrich, Ava Gardner et Monica Vitti ont marqué leur époque. Etudiés dans le détail, ces visages sont froids, quoique empreints d’une forte personnalité, très maquillés, détachés du corps et souvent inexpressifs. Un autre type de vedettes, celui des corps dont les ancêtres sont les prêtresses d’Isis dans "Intolérance", se rangent dans cette catégorie et met l’accent sur Rita Hayworth, Marilyne Monroe, Brigitte Bardot, Ursula Andress, Anouk Aimée et Natalie Wood ; on admire aussi la bouche, les yeux, la poitrine, les jambes et la démarche. Cette dernière catégorie semble de plus en plus l’emporter en popularité.

A part ce cinéma érotique classique, plusieurs autres sujets ont été développés comme l’homosexualité dans "Satiricon" de Fellini en 1970, le sadomasochisme dans "Rosemary’s Baby" de Polanski en 1968, le travestisme dans "Murder" de Hitchcock en 1930, le viol dans "Viridiana" de Bunuel en 1961, la zoophilie…

La pornographie, dont le marché connaît une explosion, offre au consommateur des scènes sexuelles crues et s’adresse surtout à une population masculine. C’est le cas de "Magic" en 1955, de "L’intermède nu" en 1935 ; et les exemples se multiplient.

E. Littérature et sexualité

Depuis sa naissance, la littérature s’est intéressée à la sexualité. Dans les "Héroïdes d’Ovide", correspondance imaginaire d’amants célèbres, les rapports entre Héros et Léandre, et ceux entre Didon et Enée sont idéalisés tandis que la sensualité est plus marquée dans les rapports entre Paris et Hélène.

Plusieurs auteurs ont traités de l’inceste quoiqu’ils remplacent d’habitude l’érotisme par l’horreur. Inconscient de ces forces, Œdipe épousa sa mère afin d’expier son péché d’orgueil. En découvrant leur faute, il se crève les yeux et elle se tue. Chez Shakespeare, Hamlet finit aussi tragiquement, car en essayant de venger la mort de son père, il est en proie à des visions de la sexualité de sa mère.

Outre l’inceste, plusieurs autres joies sexuelles interdites ont été abordées par la littérature érotique. C’est le cas de la pédophilie et du célèbre best-seller de Vladimir Nabokov, "Lolita" (1955). C’est le cas aussi du sadomasochisme et des impressionnantes mémoires du marquis de Sade (1740-1810). Il existe plusieurs exemples d’œuvres érotiques traitant de l’homosexualité ; c’est le cas de l’œuvre de Marcel Proust : "A la recherche du temps perdu" (1927). Et les exemples se multiplient avec la fellation, le cunnilingus, l’adultère, le viol, la zoophilie….

Les œuvres romanesques semblent traiter la femme comme le dépositaire de l’amour, créature qui vit afin que l’amour existe. Richard Burton note à la fin de sa traduction des Mille et une nuits que «la femme, partout dans le monde, est le produit de l’homme». Il existe trois représentations essentielles de la femme : la femme jouet sexuel, la femme démoniaque et la femme adultère rusée.

1. La femme comme jouet sexuel

La femme est devenue, sous l’influence de l’homme en général, un objet de désir, un jouet sexuel. Ce point de vue est d’autant plus courent dans la littérature érotique ou autre, orientale ou occidentale, qu’on le tient maintenant comme norme.

Les grandes histoires d’amour rehaussent la valeur du rôle féminin en octroyant à la femme une vraie personnalité et une présence réelle, mais sa plus grande action consiste d’habitude en un excès de soumission. Ainsi qu’en font foi les suicides de Didon et de Juliette, les vingt années d’attente de Pénélope et la fidélité inébranlable de Damyanti et de Sïta.
D’autre part, les grands amants (Casanova, Don Juan) sont toujours des hommes, car le mot «grand» sous-entend de multiples conquêtes amoureuses, ce que l’on permet à l’homme, mais jamais à la femme. Les femmes qui ont fait de telles conquêtes sont de célèbres courtisanes telles que Thaïs ou Messaline.

Ces histoires de courtisanes jalonnent la littérature européenne depuis très longtemps. Citons par exemple «Etairikoi Dialogoi» (Dialogues des courtisanes) de Lucien (150 après JC), «I Ragionamenti» (Les dialogues) de Pierre l’Arétin (1492-1556), «Aloysia Sigeæ Tolentanæ satirica sotadica» de Arcanis Amoris et «Veneris» de Nicolas Chorier (1612-1690).

2. La femme démoniaque

Le deuxième profil retrouvé dans la littérature est celui de la femme toute puissante et tentatrice, qui mène ses victimes à la ruine avec une joie destructrice : c’est la «femme fatale».

Cette femme au pouvoir démoniaque, qui joue avec l’homme au lieu d’être son jouet, est au premier plan des deux célèbres romans français qui se situent aux antipodes du romantisme : «Manon Lescaut» de l’abbé Prévost (1731) et «Nana» d’Emile Zola (1880).

3. La femme adultère rusée

Ce thème de femme presque jamais satisfaite des rapports sexuels et qui devient, après le mariage, une adultère rusée, domine jusqu’à nos jour la littérature érotique.
Cet adultère fournit un cadre aux «Mille et une nuits» (ﺔﻟﻴﻟ ﻮ ﺔﻟﻳﻟ ﻒﻠﺃ) : après avoir découvert l’adultère de sa femme, Schahraïar, assoiffé de sang, élabore un plan destiné à éliminer la tromperie. Pour ça, il décida d’épouser une nouvelle femme chaque nuit et de la faire exécuter à l’aube. Après trois ans, la jeune Schehrazade accepta de devenir son épouse afin de sauver les femmes du royaume. Elle commença alors ses mille et une nuit de contes, et toutes les nuits, s’interrompant au milieu de sa narration, piquant la curiosité du roi, elle faisait ainsi reculer l’échéance de son exécution.

Plusieurs autres récits ont traité la question de la femme adultère rusée. C’était le cas dans le monde arabe du Roman «Le jardin parfumé» de cheikh Nefzaoui (1400), en Europe du «Décaméron» de Boccace (1350), en Chine de «Jou – p’u – t’uan» (Le tapis de la prière en chair) de Li Yu (1634) et les exemples se multiplient….

F. La sexualité féminine en islam

Contrairement à ce que certain le croient, l’islam est loin d’être la religion la plus répressive de la sexualité féminine. Bien au contraire, la sexualité dans l’islam prend d’avantage le sens d’un devoir sacré où les pratiques érotiques sont encouragées et la satisfaction de la femme indiquée. D’ailleurs, l’excision des filles (pratique courante dans le monde arabo-musulman, exception faite le Maghreb, la Turquie et l’Iran) n’est encouragée dans aucun texte coranique ni par le prophète, mais serait un acte misogyne destiné a priver la femme de plaisir.

Beaucoup de figures légendaires féminines nourrissent la chronique et constituent une véritable revue islamique de la femme. Parmi elles, Amina la mère du prophète, Halima sa nourrice et les femmes avec lesquelles il eut commerce dont KHkadija, la première dame de l’islam, noble et femme d’affaire, protectrice, maternelle et tellement aimante. Mais aussi Aïcha la rouquine ingénue, la belle Zeïneb aux atours incomparables, Hafça fille de Omar le fidèle compagnon, Um Salama la veuve d’un cousin martyr, Çafya la belle juive, et les exemples se multiplient.

La vision islamique de la sexualité est totale. Sa visée c’est d’intégrer le sexuel en tant que vécu quotidien. L’islam est donc reconnaissance, non-méconnaissance de la sexualité. L’islam se distingue donc de la culture judéo-chrétienne où la sexualité est une «regrettable nécessité», un moment de victoire du corps sur l’âme selon la dualité classique.

· Islam et satisfaction des instincts sexuels

L’islam est nettement et ouvertement favorable au plaisir de la chair, il a une éthique positive, affirmative en disant «oui» à la sexualité et à sa satisfaction, mais avec restriction.

En effet, Dieu dit dans la sourate de La table, V 87 : «O vous qui croyez, ne déclarez pas illicites les excellences qu’Allah a déclaré licites pour vous et ne soyez pas transgresseur. Allah n’aime pas les transgresseurs». Il dit encore dans la sourate La Génisse, V 183-187 : «Elles sont un vêtement pour vous et vous un vêtement pour elles.…Cohabitez avec elles et recherchez ce qu’Allah a prescrit pour vous».

Le prophète disait : «Quand un homme regarde son épouse et qu’elle le regarde, Dieu pose sur eux un regard de miséricorde. Quand l’époux prend la main de l’épouse et qu’elle lui prend la main, leurs péchés s’en vont par l’interstice de leurs doigts. Quand il cohabite avec elle, les anges les entourent de la terre au zénith. La volupté et le désir ont la beauté des montagnes. Quand l’épouse est enceinte, sa rétribution est celle du jeûne, de la prière, du djihad».

· La satisfaction licite de l'instinct sexuel en islam

La loi musulmane n’admet que deux procédés licites pour satisfaire l’instinct sexuel, à savoir le mariage et le concubinage légal du maître avec son esclave.

1. Le mariage

Le célibat est très mal vu par l’islam. En effet, il n’y a pas en islam de veilles filles ou vieux garçons ni de veufs inconsolables. Normalement tout individu en état de se reproduire doit être marié. Le prophète dit «J’ai épousé des femmes, quiconque se détourne de la voie que j’ai tracée n’est pas des miens. Celui d’entre vous qui est capable d’entrer en mariage doit se marier».

Le mariage est donc tellement recommandé par l’islam au point de s’approcher de la «ﺔﻀﻴﺭﻔ». Un hadith célèbre dit bien que «L’homme qui se marie se rend possesseur de la moitié de sa religion».

Le mariage blanc n’a aucune place dans l’islam. En effet, la consommation constitue une condition essentielle pour la légitimité du mariage. Une femme trois fois répudiée ne serait retourner chez son époux que si un nouveau mariage a été contracté, consommé et suivi de divorce. Après le divorce, le femme doit attendre un délai de 4 mois et 10 jours (ﺓﺪﻌﻠﺍ) avant de se remarier.

La polygamie est légitimée par l’islam. «Eh bien prenez épouses par deux, par trois, par quatre parmi les femmes qui vous plaisent mais, si vous craignez de n’être pas juste, alors une seule ou des esclaves que vos mains possèdent, cela afin de na pas vous aggraver la charge de la famille». Sourate Les femmes ; V 3.

L’imam Ghazali explique les motifs de la polygamie en disant qu’il y a des hommes dont l’envie sexuelle est débordante, une seule femme ne les satisfait pas et ne les protège pas contre l’adultère. Il est souhaitable dans ce cas qu’ils épousent plusieurs femmes (de 1 à 4). Néanmoins, le coït en présence d’une autre épouse est interdit.

L’imam Ghazali recommande aux musulmans de faire l’amour avec leurs épouses aussi fréquemment que possible. Il propose pour les polygames au moins un rapport tous les quatre jours pour satisfaire leurs partenaires.
Quant aux rapports sexuels entres époux, l’islam précise que l’homme doit satisfaire sa femme. Bouhdiba souligne que les jeux sexuels ou préliminaires (ﺔﺑﻋﻶﻣ) sont chaudement recommandés par le prophète, d’où cette dimension érotologique spécifique de l’islam. L’amour n’est pas à accomplir dans la tristesse et la morosité. Ce n’est pas un devoir pénible mais le plus joyeux don du ciel.

Le prophète précise que le musulman est tenu à amener sa femme à l’orgasme et qu’il ne doit pas se suffire de son propre orgasme et il qualifie l’époux qui ne se soucie pas du plaisir de sa partenaire de bête (ﺔﻣﻳﻫﺑ) et lui recommande les baisers et les paroles tendres.

L’islam a aussi traité la question des positions sexuelles en autorisant au mari d’adopter la position qu’il jugera bonne, toutes étant licites. «Vos femmes sont vos champs, allez à vos champs comme vous voulez». La vache, V 223.

L’homme peut punir sa femme par l’abstention mais cette durée ne doit pas excéder les quatre mois, passer ce délai, la femme peut demander le divorce. Contrairement, la femme qui refuse de faire l’amour avec son mari chaque fois qu’il en a envie, s’expose à la malédiction de dieu. Le prophète dit : «La femme qui refuse de satisfaire les besoins de son mari est maudite jusqu’à ce qu’elle accepte».
Mais même au cours du mariage, il y a des moments où les relations sexuelles entre époux sont interdites. C’est le cas pendant le pèlerinage à la Mecque, quand on est en "ihrâm" (ﻢﺍﺭﺣﺇ) et durant la journée pendant le jeûne. C’est le cas aussi où la femme a ses menstruations ou ses lochies, non lorsqu’elle a des pertes irrégulières. Ce qui est licite, c’est que le mari prenne plaisir sur la partie supérieur du corps de la femme.

«Ils t’interrogent sur les règles des femmes, dis-leur : c’est un inconvénient. Séparez-vous de vos épouses pendant ce temps et n’en approchez que lorsqu’elles seront purifiées. Lorsqu’elles seront purifiées, venez à elles comme vous l’ordonne dieu». La génisse ; V 22.

Contrairement aux autres religions monothéistes et à ce que peut croire certains, la disjonction entre sexualité et procréation est une innovation de l’islam qui légitime la contraception et l’avortement. En effet le coït interrompue peut être pratiquer par l’époux à condition d’avoir l’accord de son épouse. Quant-à l’avortement, il peut être provoqué, à condition que la différentiation des formes du fœtus ne soit pas encore réalisée, ce qui, selon les théologiens musulmans, se produit seulement après 120 jours.

2. Le concubinage légal

Même si cette question n’a de nos jours plus beaucoup d’intérêt pratique, elle en a eu beaucoup jadis. Le concubinage du maître avec son esclave n’est certainement pas considéré d’un œil aussi favorable que le mariage, mais l’un n’empêche pas l’autre. Ces rapports ont pour but la satisfaction des désirs charnels mais non la procréation, contrairement à ce qui se passe dans le mariage, mais ceci n’était pas tout le temps respecté.

· Les interdits islamiques de la sexualité

1. Les rapports sexuels en dehors du mariage

Les rapports sexuels en dehors du mariage rentrent dans le chapitre du "zinâ" (ﺎﻧﺰﻠﺍ). Ce dernier se trouve frappée d’un interdit particulièrement violent : vingt-sept versets lui sont, dans le coran, pour le moins consacrés.

On peut définir le zinâ comme un coït pratiqué avec un partenaire auquel on n’est pas uni par les liens soit d’un mariage, valable ou putatif.

«N’approchez point le zinâ, c’est une turpitude et c’est la voie du mal». Sourate L’Isrâ ; V 34.
La sourate La Lumière, en son troisième verset, l’assimile purement et simplement à une forme de paganisme, «ﻛﺍﺮﺷﻻﺍ», association de faux dieu à Allah. «Le zâni ne serait épouser qu’une zânia ou une païenne ; la zânia ne serait épouser qu’un zâni ou un païen».

L’islam interdit et punit également l’homme et la femme adultère, cependant les peines sont absolument différentes selon qu’il s’agit d’un coupable "mouh’çan" (ﻥﺻﺣﻣ) ou non.

Le mouh’çan est l’individu libre, pubère, sain d’esprit, ayant contracté ou consommé valablement un mariage.

Donc en cas de zinâ, le mouh’çan encourt la mort par lapidation, alors que le non - mouh’çan est puni de cents coups de fouet.

Au départ, on peut lire dans le coran : « Quant-à celles de vos femmes qui commettent une turpide, faites témoigner contre elles quatre d’entre vous. S’ils sont témoins, alors confinez ces femmes aux maisons jusqu’à ce que la mort les achèves ou que dieux leur ouvre une voie». Sourate les femmes, V15.

Ultérieurement on peut lire :«La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les de chacun cents coups de lanière, et que nulle douceur ne vous prenne à leur égard, en la religion de dieu». Sourate La Lumière ; V 2.

2. La nudité

Les personnes pubères doivent avoir leur nudité couverte. La musulmane, étant seule ou en compagnie de coreligionnaires du même sexe, doit au moins couvrir son corps depuis son nombril jusqu’aux genoux. Devant des hommes qui lui sont étrangers, ou les non musulmans, elle doit être entièrement couverte, à l’exception des mains et du visage.

Dieu dit dans la sourate la lumière, V 31 : «commende aux femmes qui croient de baisser leurs yeux et d’être chastes, de ne découvrir de leurs ornements que ce qui est en évidence, de couvrir leurs seins de voiles, de ne faire voire leurs ornements qu’à leurs maris, à leurs frères ou aux fils de leurs frères, aux fils de leurs sœurs ou aux femmes de ceux-ci, ou à leurs esclaves acquêts de leurs mains ou aux domestiques mâles qui n’ont point besoins de femmes, ou aux enfants qui ne distinguent pas encore les parties sexuelles d’une femme. Que les femmes n’agitent point leurs pieds de manière à faire voir les ornements cachés».

3. L’inceste
L’islam nous propose de l’inceste la conception la plus large possible : le belle-famille est assimilé à la parenté de sang. Les liens du sang empêchent les relations sexuelles avec les ascendants, les descendants, les latéraux, les collatéraux, les neveux et les nièces. La prohibition est étendue aussi à la parenté par alliance qui vaut la consanguinité et il est tout aussi illicite d’épouser les beaux-père, les beaux-fils et les beaux-frères.

Les liens du lait ne sont guère moins importants. Les mêmes empêchements sont crées par l’allaitement entre les nourrissons d’une part et la nourrice et toute sa famille d’autre part. Les nourrissons d’une même nourrice sont considérés comme frères et sœurs même s’ils n’ont pas été ensemble. Le prophète dit : «Les interdits du lait sont identiques aux interdits du sang». Razi commente : «En dénommant la nourrice mère et les co-nourrissons frères et sœurs, Allah a donné à l’allaitement la même porté que la consanguinité».

4. Les relations sexuelles avec des non – musulmanes

Une musulmane ne peut jamais avoir des rapports qu’avec un musulman.

5. l’homosexualité

L’homosexualité féminine (ﻖﺎﺣﺴﻟﺍ) a fait l’objet des condamnations les plus vives par l’islam. Elle constitue un viol de la séparation des sexes. Le prophète disait : «Dieu a maudit ceux qui changent les frontières de la terre».

Cependant, les avis ne concordent pas quant-aux peines applicables. Pour certains, l’homosexualité féminine est assimilée au zinâ et ils préconisent d’appliquer le châtiment mortel à celles qui s’y livrent, alors que pour d’autres, elle est traitée avec une relative indulgence et celles qui la pratiquent n’encourent que la réprimande au même titre que l’autoérotisme, la bestialité ou la nécrophilie.

6. La prohibition de la mixité

«Un homme et une femme seuls, Satan sera la troisième». Le prophète.

7. La sodomie

Elle est également interdite par l’islam. «Maudit celui qui prend sa femme par l’anus» disait le prophète.

8. La masturbation

Le cas de la masturbation (ﺪﻴﻠﺍ ﺡﺎﻛﻧ) est très controversé selon les écoles en l’absence de texte franc. Dans le recueil d’une fatwa on lit : «Si cela a lieu par recherche de la jouissance, c’est interdit. Mais si la cause est en est l’apaisement de la passion charnelle, nous espérons que cela ne sera pas compté à l’intéressé comme péché grave».


Après avoir passer en revue la vison islamique de la sexualité féminine, il faut noter que plusieurs ajustements historiques ont fait que l’éthique sexuelle et la vision du monde qui la sous-tend ont de moins en moins de rapport avec les généreuses déclarations coraniques et mohammédiennes. La sexualité ouverte, accomplie dans la joie en vue de la réalisation de l’être, a peu à peu cédé la place à une sexualité close, morose et comprimée. La bipartition sexuelle se mutait en un dimorphisme social source d’innombrables souffrances pour la femme. On finissait jusqu’à priver cette dernière de ses droits sexuels les plus élémentaires.

B) G. Législation et sexualité

1. L’adultère

«L’adultère du mari et de la femme est puni d’un emprisonnement de cinq années et d’une amande de cinq cent dinars. Il ne peut être poursuivi qu’à la demande de l’autre conjoint qui reste maître d’arrêter les poursuites ou l’effet de la condamnation. Lorsque l’adultère est commis au domicile conjugal, l’article 53 du code pénal ne sera pas applicable. Le complice est puni des mêmes peines que la femme ou le mari coupable». Article 236 du code pénal.

Cet article 53 du code pénal, relatif à l’application des peines, prévoit que «La peine peut être non seulement abaissée jusqu’à un jour, mais encore convertie en une amande qui ne pourra excéder le double du maximum prévu pour l’infraction», ne peut donc être appliquée dans le cas où l’adultère serait commis au domicile conjugal. (jurisprudence n° 10964 du 10 mars 1975)

La loi traite également la femme et l’homme adultère.

Donc, pour parler d’adultère, il faut que l’acte sexuel se déroule dans la période s’écoulant entre la rédaction du contrat de mariage et la séparation par le divorce ou la mort. De ce fait, le mariage blanc ne constitue pas une dérogation à cette règle. (jurisprudence n° 507 du 12 mars 1976, n° 1944 du 11 juillet 1977)

Il faut aussi remarquer que, contrairement au "fikh" musulman, la pénétration n’est pas une condition nécessaire pour parler d’adultère. L’appréciation du juge reste ici primordiale. (jurisprudence n° 3482 du 14 janvier 1980, n° 4520 du 29 octobre 1980)

Le coté intentionnel doit exister. En effet, si l’homme ou la femme adultère croyait au moment de l’acte que l’autre était divorcé ou non marié, il n’y a plus d’adultère.

L’article 236 du code pénal n’a pas spécifié les preuves nécessaires pour parler d’adultère. L’appréciation du juge reste encore primordiale, sauf que ce dernier doit justifier sa sentence. (jurisprudence n° 13671 du 25 février 1987)

Il faut noter enfin que l’adultère constitue une cause de divorce pour préjudice grave assortie de dommages et intérêt.



2. Outrage public à la pudeur

«L’outrage à la pudeur commis publiquement et intentionnellement est puni d’un emprisonnement de six mois et d’une amande de 200 francs». Article 226 du code pénal.

L’outrage public à la pudeur est donc tout acte de caractère sexuel, commis par intention, le plus souvent dans un endroit public.

Il peut s’agir de coït, de sodomie, de masturbation ou d’exhibitionnisme commis dans un endroit public ou même dans un endroit privé pratiquer sans précaution avec fenêtres ouvertes par exemple. (Jurisprudence n° 5974 du 7 août 1968 et n°288 du 18 août 1976).

3. La polygamie

La Tunisie est le seul pays arabo-musulman qui interdit la polygamie.

«Quiconque, étant engagé dans les liens du mariage, en aura contracté un autre, avant la dissolution du précédent, sera passible d’un emprisonnement d’un an et d’une amande de 240 000 francs ou l’une de ces deux peines seulement, même si le nouveau mariage n’a pas été contracté conformément à la loi». Article 18 du code du statut personnel.

4. Le concubinage

Le délit de concubinage ne fait pas partie de l’arsenal des infractions retenues par le code pénal tunisien. C’est par référence à la législation promulguée par le code de statut personnel, en vue de la suppression du mariage «ﯽﻔﺮﻋ», pratique très répandue en Tunisie avant 1956, qu’il y a poursuite et condamnation du concubinage : c’est le délit de mariage hors des formes légales, punissable par l’article 18 du code du statut personnel.